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CDG_01 - HUET

Statut

HUET - 2016_...

Rôle et responsabilité de l’architecte

Sujet : L'enseignement_Bernard Huet

Auteur : CUENOT Noé, DOGNIEZ Samuel, GUILLEMOIS Benjamin

Biographie

Bernard Huet est un architecte urbaniste français, né au Vietnam en 1932, et décédé le 9 septembre 2001 à la Pitié-Salpêtrière, à Paris.
Il commence son parcours en tant qu'étudiant à l’École des Beaux-Arts de Paris jusqu’en 1962. Parallèlement, il suit les cours de structure et de construction avec Jean Prouvé aux Arts et Métiers. Il poursuit ses études auprès d'Ernesto Rogers dans l’atelier Gromort-Arretche, au Politecnico de Milan. Il passe trois années dans l'agence de Michel Ecochard avant de rejoindre les Etats-Unis pour suivre les cours de Louis Kahn et de Robert Le Ricolais à l’université de Pennsylvanie . Il termine son parcours d'études à l'étranger, à Kyoto, auprès de Tomoya Masuda.
Après son retour en France, il se trouve révolté par l'enseignement paralysé et sans évolution que l'on retrouve aux Beaux-Arts ainsi que les lacunes culturelles des architectes. Bernard Huet crée en 1966 un "atelier collégial", précurseur de la réforme de l'enseignement de l’architecture post 1968. Cette expérience se voit être prolongée par la création, en 1969, de l'unité pédagogique no 8 : ENSA Paris-Belleville, où il enseigna la théorie et le projet jusqu’en 1998. Dans son idéologie, il présente la production architecturale comme faisant partie d'un ensemble et prévient contre une exaltation de l'objet bâti. De même, Bernard Huet insiste sur la notion fondamentale de l'espace architectural.
En 1974, Il devient rédacteur en chef de la revue  L’Architecture d’aujourd’hui, il donne une nouvelle impulsion à la plus ancienne revue d’architecture française, créée en 1930. Il met à jour le contenu théorique, notamment par le biais d'éditoriaux très virulents de la critique d'un modernisme dominant. 
Bernard Huet est aussi connu pour sa carrière d’architecte et d’urbaniste qui révèle plusieurs projets centraux pour l’urbanisme européen depuis les années 1980 : à Paris, la place Stalingrad (1989), le réaménagement des Champs-Élysées (1990-1994), ou encore le parc de Bercy. En tant qu'architecte, il réaménage le Collège de France, ou encore édifie des logements à Burano près de Venise. Il est notamment architecte en chef de la ZAC Cathédrale, à Amiens, et l’architecte conseil de la ville de Lyon.
Lauréat du Grand Prix de l'Urbanisme en 1993, de la médaille de l'urbanisme de l'Académie d'architecture en 1995. Le travail de Bernard Huet est parfaitement illustré par la phrase suivante : " Inscrire l'aménagement urbain dans une continuité historique ". Il s'est toujours distingué du mouvement de l'architecture moderne né dans les années trente, un mouvement qui, selon lui, a produit une " ville fonctionnelle "qui a sa responsabilité dans les crises que connaissent actuellement les banlieues.

Analyse du texte

Bernard Huet présente une nouvelle méthodologie de l'enseignement qui remet en cause l'idéologie post 1968 visant à étudier une architecture moderne axée sur le fonctionnalisme et qui fais l'impasse sur des questions essentielles liée à la société et aux modes de production du bâti. Il met en avant le caractère pluridisciplinaire de l'enseignement de l'U.P8 qui est nécessaire pour former les architectes de demain qui devront se confronter à la société française. Il explique néanmoins que l'ensemble des disciplines enseignées aux étudiants doivent avant tout servir la notion « d'espace architectural ». Dans cette présentation de l'enseignement architectural, Bernard Huet fait une critique assez virulente de la nouvelle pédagogie des Beaux-arts et du mouvement moderniste qui produit une architecture esthétique et fonctionnaliste sans prêter attention au contexte social et industriel qui existe. Il dénonce l'installation d'un « nouvel enseignement d'élite » excluant les étudiant « culturellement défavorisés » .
Il présente les deux erreurs qui menacent l’architecte : le fait de confondre l’espace architectural de celui de la pratique sociale ou encore de croire que l’objet architectural doit se former en fonctions des pratiques sociales et se diviser en fonction des activités. Son idéologie veut que l’architecture enseignée soit proche de celles qui sont produites en France. Il s’agit de mettre les étudiants face à ses responsabilités dans le cadre de production d’un marché capitaliste, et de doter l'étudiant d'outils de travail (outils conceptuels et outils d'exécution). L'enseignement théorique doit toujours être lié au savoir-faire et à sa mise en œuvre dans la production de l'objet bâti ou la mise en forme d'un espace urbain.

Point de vue sur l'enseignement
Huet dénonce les conséquences des réformes instaurées dix ans après Mai 1968 sur les expériences pédagogiques de l'histoire de l'enseignement architectural, avec l'apogée de la « normalisation » de l'enseignement de l'architecture par le ministère de la culture et de environnement. Huet témoigne du décalage réel qui existe entre l'application de cette nouvelle réforme et la réalité de l'enseignement à laquelle le Ministère prête peu d'attention.
Les UP perdent toute leur autonomie durement revendiquée en 1968, dirigées par « le règne bureaucratique des directeurs. Dans sa critique du Ministère de la Culture sur sa responsabilité dans la réforme destructrice de l'enseignement architectural il accuse aussi les idéaux de 1968 qui ont nivelé la plupart des exigences pédagogiques. Le système s'est inversé selon lui, les enseignants et étudiants subissent passivement ce pour quoi ils luttaient dix ans plus tôt. Huet parle des déviations et perversions des projets pédagogiques de 1968 qui ont servis de prétexte au Ministère pour réformer l'enseignement de l'architecture.
Architecture d'élite et massification de l'architecture
Bernard Huet parle du phénomène de massification, « mutation complexe d’ordre quantitatif » du fait que l'architecture recouvre tous les secteurs de production du bâti (cependant l'architecte intervient minoritairement dans cette production). Le pouvoir d'architecture est monopolisé par des spécialistes qui ne sont pas architectes, « l'architecture est devenue un objet de consommation de masse. Il énonce trois problèmes révélés par ce phénomène d'architecture de masse : « la question de l'urbain, la maîtrise des techniques de construction et la communication de l'architecture avec son public ».
Il parle du problème de communication de l'architecture envers son public qui repose sur un malentendu, le code esthétique est détenu par une minorité d'individus qui se donnent le droit de l'imposer à toute une population qui ne comprend pas et doit « subir avec dégoût l'architecture « moderne » ». L'enseignement doit changer selon Huet et devenir réellement accessible à tous, un « enseignement de masse ».
Huet met en avant les objectifs pédagogiques qu'il souhaite mettre en place dans l'UP8 (future ENSA Paris Belleville) en corrigeant les erreurs de l'enseignement architectural qui ont pu être commises. Il énonce son propos en plusieurs points qui visent à réduire les effets de sélection sociale par un système d'évaluation se basant sur le savoir architectural et non sur la créativité.
Huet dénonce la passivité pédagogique de l'enseignement BA 1968 qui cherchait à développer la réflexion critique et l'esprit d'initiative chez les étudiants . Il faut selon lui privilégier un socle de connaissances minimal, égal et obligatoire. Il dénonce le manque considérable de théorie architecturale et d'histoire de l'architecture dans l’enseignement post 1968. Il énonce le problème des articulations entre les disciplines qui devraient prendre l'architecture pour objet.
L 'apprentissage du métier
Bernard Huet présente ce qui lui paraît essentiel dans l'apprentissage du métier (maîtrise des codes et techniques de la communication et de la représentation, savoirs qui permettent le passage du programme au plan, manipulations géométriques). Pour lui, le véritable travail de l'architecte, commence avec l'émergence du projet architectural en tant que donnée « qualitative ». La transmission du savoir passe par la pratique expérimentale. L'apprentissage procède lentement par imitation et répétition.
Dans son traité sur l'enseignement architectural, Huet présente notamment les critères de conduite du projet, comme l'élimination du statut élitaire et non l'autorité des enseignants. Il ajoute que l'apprentissage du projet ne peut se faire que par la répétition du procès de production dans sa totalité et témoigne de l'importance de l'histoire de l'architecture qui donne sens à la notion d'imitation. L'histoire doit permettre de saisir l'architecture comme un travail et les typologies comme des productions complexes.

Pourquoi ce texte est-il intéressant? Pour cela, les éléments de réponses sont à trouver d'une part dans le contexte de son écriture (ou de sa production pour les conférences), par rapport à l'histoire de l'architecture mais aussi par rapport à l'histoire en général ; vous en trouverez dans la biographie et le parcours architectural de l'auteur d'autre part.

Ce texte met en avant le débat qui existait entre les deux pédagogies post 1968 et rend compte du rôle de l'architecte dans la société en analysant l'étape primordiale des études qui visent à former des architectes responsables et futurs acteurs de la société. Bernard Huet dans ce texte dénonce la pédagogie des Beaux-arts après 1968 et la sélection sociale qui perdure dans ces études dîtes « libérales ». Il témoigne d'un enseignement corrigé pour rendre ces architectes en devenir, opérationnels. En effet on ne peut évidemment pas supprimer toutes les manières d'apprentissage de l'architecture : le fait que B. Huet est un fervent défenseur de la théorie architecturale témoigne d'une pensée rationnelle pré-contemporaine. La Théorie architecturale est pour ainsi dire un dogme dans l'artisanat de l’architecture car on réfléchi évidemment avant de pratiquer d'où le fait d'utiliser cette pensée théorique au profit du projet. Le mot projet, veut en son sens tout dire car le projet est la matérialisation de sa pensée, une projection dans le futur de sa pensée : on projette. Ainsi pour pouvoir aller vers le futur il faut connaître le passé et non le laisser pour compte. Dans ce monde capitaliste où toute production bâti est nommée architecture et où les spécialistes prennent le pas sur les architectes, B. Huet ne peut s'empêcher de dénoncer la mise à l'écart de l'architecte. Les différents acteurs (Ministère, enseignants Beaux-arts...) renforcent ce phénomène d'exclusion de l'architecte dans la société en imposant aux étudiants une formation qui ne correspond pas à leur futur rôle dans la société actuelle.

Document lié : Bernard_Huet_l_enseignement.odt

Voir aussi :

Groupe thématique : TD

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