Menu

DT_AP - La culture numérique: des objets aux ambiances

Statut

La culture numérique: des objets aux ambiances - 2012_...

Simulation - Dimitri Toubanos

Sujet : La culture numérique: des objets aux ambiances

Auteur : PICON Antoine

Diffusion : dans : MANDOUL, Thierry, FOL, Jac, HERTWECK, Florian, LEFEBVRE, Virginie, (direction scientifique), Climats : les conférences de Malaquais, Paris : éditions Infolio, 2012, 522 p., pp.297-315.

Pour Antoine Picon, l'ordinateur est une machine dont le statut a à la fois changé en tant qu'outil de conception et de simulation, et à la fois en tant qu'objet même. Il rappelle qu'aux débuts de l'informatique, les ordinateurs pouvant traiter un grand nombre de données étaient de conception militaire, en citant par exemple le système SAGE, capable de coordonner toute la défense aérienne des Etats-Unis sur l'ensemble de leur territoire, dans le but de prévenir toute attaque nucléaire... Il explique que l'ordinateur en tant qu'objet constituait tout un environnement, dont les machines étaient volumineuses, si bien que de nombreux designers se sont attachés à les adapter comme du mobilier. Antoine Picon rapporte cette démarche à la fois plastique et spatiale au modèle IBM 360, ordinateur remplissant une pièce, rythmant l'espace par sa composition, et créant une ambiance particulière en cette situation. Ce modèle ne constitue pas des machines isolées, mais un environnement informatique ergonomique. 

L'ordinateur devient par le système SAGE un outil à la fois de calcul et de simulation, et ainsi on change peu à peu de perception pour s'approcher de l'actuel statut de l'ordinateur. On a compris qu'il n'est pas tant une machine à calculer mais plutôt un appareil capable de " voir et prévoir des situations et phénomènes complexes", ce qui est plus ou moins la définition du système SAGE. Il ne crée pas d'entités réelles mais des "occurrences" virtuelles, il permet d'imaginer et de donner une idée de projet, bien qu'il soit utilisé de manière plus fréquente dans les phases de simulation (tests sismiques, souffleries virtuelles, tests d'éclairement) que dans les phases de conception propres.

Antoine Picon avance ensuite que le développement de la simulation informatique tend à faire rétrécir la planète. Naissent à l'époque les concepts de "planète bleue" et les débuts de la conquête spatiale. L'ordinateur est rapidement associé à l'environnement, notamment avec le Club de Rome se réunissant en 1960 pour réfléchir aux questions environnementales concernant l'épuisement progressif des ressources et la croissance démographique exponentielle. Ils prévoient une grande crise "pratiquement inévitable" aux environs de 2050. 

L'ordinateur n'a pas affaire à des choses, mais à des occurrences, il permet de percevoir plutôt que de calculer. Ce que l'on voit au travers de l'ordinateur sont des scénarios et des situations. L'informatique permet de révéler le caractère particulier d'un monde à la fois calculable et imprévisible à la fois (finance). L'ordinateur permet à partir d'un référencement local d'arriver à une simulation globale, et permet en cela de concevoir des choses comme les objets et les ambiances. 
Cela mène à un intérêt pour d'autres approches de l'architecture, comme celle des mégastructures, - dissolvant quelque peu la forme architecturale et urbaine dans un processus de croissance théoriquement illimité - pensées comme des milieux artificiels dont l'information doit faciliter la gestion, poussant à l'importante croissance des dispositifs mécaniques de contrôle des ambiances. 

L'informatique nous a également amenés à une considération paradoxale du numérique, considérée par les concepteurs comme des gradients, des flux, et des champs (plutôt que des objets au sens classique du terme) et amène une nouvelle vision de la société et de la nature comme un ensemble de ces gradients, flux et champs. Antoine Picon en vient alors au rapport entre cette perception du numérique et des propos de philosophes contemporains, pour qui les êtres semblent s'étendre au delà de leur enveloppe et s'assimiler à des réseaux par leur diversité. 

L'autre penchant du paradoxe mène selon Antoine Picon à un "formalisme exacerbé", qui n'entre pas encore (en 2009) en lien avec les nouveaux impératifs de développement durable -bien que l'on y arrive aujourd'hui avec le BIM-, et pointe à ce propos la recrudescence d'apparition de projets en forme de flux figés (vagues par exemple).

Document lié : CLIMATS_Picon.pdf

Voir aussi :

Groupe thématique : Texte

Notions - mots clefs : Groupe Dimitri Toubanos 2017-2018

Activités : Texte

Famille : Texte chapitre d'ouvrage

facebook Linkedin Viadeo