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DT_VD - L'empire du BIM

Statut

L'empire du BIM - 2014_...

Simulation - Dimitri Toubanos

Sujet : L'empire du BIM

Auteur : DIDELON Valéry

Diffusion : revue Criticat #13, Paris: éditions Criticat, avril 2014, pp. 71-77.

Depuis un quart de siècle, on a pu constater que l’informatique devenait de plus en plus intégrée à l’architecture. Quels en sont donc les effets sur l’architecture du quotidien et du présent ? Pour répondre à cette question, l’auteur retrace les grandes étapes qui ont conduit à l’utilisation des logiciels informatiques en architecture et il explique en quoi consiste le BIM. Ensuite, il analyse un par un les arguments des partisans du BIM. Cette analyse s’intéresse d’abord aux conséquences du BIM sur l’architecture puis à la remise en question de la place accordée à l’architecte et de son rôle dans l’architecture.

L’article est organisé en cinq parties c’est pourquoi, nous allons faire la synthèse de chaque une d’entre elles.

« DU CAO AU BIM »

Depuis 1990, la baisse des prix des ordinateurs individuels et la démocratisation d’internet a permis la diffusion massive de logiciels spécialisés pour les architectes tel que AUTOCAD. Tout le monde dessine sur ce logiciel, encore proche du dessin à la main, les documents (plans, coupes…) qui servent à la communication du projet. Cependant l’utilisation de ce logiciel tend à s’effacer au profit du BIM. Issu de l’univers technique, le BIM est « un processus de production et de gestion de toutes les informations relatives à la conception, construction, exploitation, et démolition du bâtiment » (page 72). Il cherche à « optimiser la construction et la maintenance de l’édifice » (page 73), et faciliter les échanges entre l’architecte et les autres intervenants du projet. Cela se s’organise autour d’une maquette numérique composée d’objets et qui offre une « simulation en temps réel et la plus détaillée possible de l’édifice » (page 73).

« COMPLEXITÉ », « SIMPLEXITÉ », « CRÉATIVITÉ », « PRODUCTIVITÉ ET RAPIDITÉ » DE PARFAITS OXYMORES ?

LE BIM permettrait pour certains architectes, tel que Brunet Saunier, une certaine « simplexité » (page 73) c’est à dire qu’une « simplicité formelle » peut être obtenue à partir d’une complexité du programme (exemple pour la conception des hôpitaux). D’autres s’autorisent à engendrer des formes complexes quelque soit la commande car le BIM leur épargne des difficultés techniques grâce à la maquette numérique (exemple La fondation Louis Vuitton de Gehry).
Le BIM permettrait de nourrir une logique financière car il augmente la productivité et l’efficacité du travail par l’automatisation des tâches et des échanges rapides entre les acteurs du projet. « Les gains de productivité ainsi augmentés améliorent la compétitivité et accroissent la rentabilité » (page 74). Enfin le BIM entrainerait une certaine accélération du processus de conception, des permis de construire pourraient être déposés en 24h ce qui est « aussi paradoxal qu’inquiétant » (page 74) car le temps de réflexion et conception en architecture est un processus long.

« QUALITÉS ? » « PERFORMANCES TECHNIQUES ? » VERS UNE TAYLORISATION DE L’ARCHITECTURE

Les projets seraient plus aboutis grâce à une meilleure coordination entre les acteurs du projet. Cependant le BIM n’induit rien en terme de matière d’esthétisme et de spatialité ni en terme d’usage et vécu pour les occupants. Le BIM semble donc ne répondre qu’à un souci de performance technique plutôt qu’architecturale. Cette objectivation est notamment liée au monde de l’ingénierie et de l’automobile qui recherche des solutions fonctionnelles et économiques. Au monde qui est à l’origine de sa création.

« UNE ARCHITECTURE SANS ARCHITECTE »

L’architecte n’est plus l’acteur principal du projet. Le logiciel lui propose des « solutions toutes prêtes » (page 76) et il ne lui reste qu’a piocher dans des bibliothèques d’objets. De plus, l’aspect collaboratif entraine une remise à jour en continu de la maquette numérique, par de multiples acteurs, jusqu’à la fin de vie du bâtiment. De ce point de vue, l’architecte a-t-il encore la propriété intellectuelle du projet ? Et comment va-t-il revendiquer l’importance de son rôle dans la conception et construction du bâtiment ?
Cependant, le BIM met l’écart la division des tâches que la CAO avait entrainée par la nécessité de tout dessiner à l’ordinateur : au quotidien certains ne dessinaient que des façades, d’autre que des détails … L’architecte avec la capacité du BIM à gérer toute les tâches peut donc se consacrer entièrement au projet ce qui permet d’avoir des projets mieux intégrés. Cependant, le principal talent accordé à l’architecte est de savoir dessiner des géométraux et des détails mais ce talent est remis en question par l’apparition du BIM. Quel est donc la place de l’architecte dans l’architecture à l’heure actuelle ?

« LOGIQUE COMPUTATIONNELLE DU CAPITALISME CONTEMPORAIN » - « OUTILS DE CONTROLE DES FIRMES DE PLUS EN PLUS PUISSANTES »

Le coût du logiciel et de la formation reste élevé ce qui risque de « favoriser les structures de grandes tailles qui dominent déjà le secteur » (page 76). Les petites entreprises n’ayant pas assez d’argent ne peuvent pas acheter le logiciel et risquent de peiner pour remporter des concours (publics ou privés) face à ces adversaires allégés de leur tâches grâce au BIM. C’est donc un cercle vicieux néfaste pour les entreprises de taille moyenne et petite qui entrainerait une sélection des architectes. De plus, l’emprise des industriels sur le concepteur risque d’augmenter à cause du lobbying et des bibliothèques d’objets où ils peuvent imposer leur produit car ce sont eux qui les fournissent. Parallèlement, le nombre des filières constructives risque de se réduire car le logiciel prend en compte en majorité les matériaux nouveaux et industriels plutôt que ceux naturels et locaux tels que les murs en terre. Une uniformisation de la construction architecturale est hélas attendue. Enfin les architectes devenus « dépendants de leurs outils informatiques, deviendront dépendants de ceux qui les commercialisent » (page 77). Mais par le recours à l’obsolescence programmée, technique destinée à réduire la durée de vie d'un produit pour en augmenter le taux de remplacement, l’architecture devient donc un produit de consommation qui profite essentiellement aux entreprises.

Document lié : CRITICAT_Didelon.pdf

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