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MAAN1 - Steven Holl "Ancrage"

Statut

Steven Holl "Ancrage" - 1989_...

Sujet : Steven HOLL, Ancrage

Auteur : Holl Steven

Diffusion : PRINCETON ARCHITECTURAL PRESS

Steven Holl
Ancrage
1989
Steven Holl (né en 1947) est architecte, il est diplômé de l'Université de Washington et de l'Architectural Association de Londres. Il enseigne depuis
1978, et depuis 1980 à l'Université Columbia à New York.
En 1978 il fonde une revue à but non lucratif Pamphlet Architecture qui publie des travaux et des recherches. Kenneth Frampton dans un
commentaire « Sur l'architecture de Steven Holl » note: « Une intensité phénoménologique et une préoccupation pour les expériences tactiles sont
les deux caractéristiques saillantes du travail de Holl. »
La relation de l'écriture à l'architecture ne fournit qu'un miroir incertain face à l'évidence ; c'est plutôt dans un silence sans mots que nous avons le
plus de chances de heurter cette zone comprise entre espace, lumière et matière qu'est l'architecture. Même s'ils sont loin de l'évidence
architecturale, les mots offrent une prémisse. L'ouvrage est obligé de continuer quand les mots eux-mêmes ne le peuvent pas. Les mots sont des
flèches pointées dans la bonne direction; pris ensemble, ils forment une carte des intentions architecturales.
Ancrage
L'architecture est liée à la situation. Au contraire de la musique, de
la peinture, de la sculpture, du cinéma et de la littérature, une
construction (immeuble) fait partie de l'expérience d'un lieu. Le site
d'un bâtiment est plus qu'un simple ingrédient dans sa conception.
C'est son fondement physique et métaphysique. La résolution des
aspects fonctionnels du site et du bâtiment, les vues, les angles
d'exposition solaire, la circulation et l'accès sont la «physique»
qu'exige la «métaphysique» de l'architecture. Par l'intermédiaire d'un
lien, d'un motif étendu, un bâtiment est plus qu'un objet seulement
façonné pour le site. Le bâtiment transcende les exigences
physiques et fonctionnelles en fusionnant avec un lieu, en recueillant
le sens d'une situation. L'architecture ne fait pas tant irruption dans
un paysage qu'elle ne sert à l'expliquer. L'illumination d'un site n'est
pas une simple réplique de son « contexte» ; révéler un aspect d'un
lieu ne confirme pas forcément son « apparence ». Par conséquent,
les façons habituelles de voir peuvent fort bien être interrompues.
L'architecture et le site devraient avoir un lien vécu, un lien
métaphysique, un lien poétique. Lorsqu'une oeuvre architecturale
réussit la fusion d'un bâtiment et d'une situation, une troisième
condition en résulte. Dans cette troisième entité, la dénotation et la
connotation fusionnent ; l'expression est liée à l'idée qui est associée
au site. Le suggestif et l'implicite sont les aspects multiples d'une
intention. Un bâtiment n'a qu'un site. Dans cette situation unique, ses
intentions sont rassemblées. Le bâtiment et le site sont indépendants
depuis le début de l'Architecture. Dans le passé, ce lien était
manifeste sans intention consciente grâce à l'emploi des matériaux
et des techniques locales, et par l'association du paysage aux
événements historiques et aux mythes. Aujourd'hui, le lien entre site
et architecture apparaît de plusieurs manières, qui font partie d'une
transformation constructive de la vie moderne. Les idées cultivées à
partir de cette première perception du site, méditations sur des
pensées initiales, ou reconsidération de la topographie existante,
peuvent devenir le cadre de l'invention. Ce mode d'intervention se
définit par rapport à un espace relatif, distinct de l'espace universel.
C'est un domaine borné. L'architecture est une extension, une
modification qui établit des significations absolues relatives à un lieu.
Même quand un nouvel ouvrage est l'inversion des conditions
existantes, son ordre tente d'en englober un aspect ou d'illuminer un
sens spécifique, distinct des généralités de l'espace abstrait. Un idéal
existe dans le spécifique, un absolu dans le relatif. Quand on se tient
debout dans la cour du monastère à Uxmal, le temps est transparent,
la fonction inconnue. Le cheminement du soleil s'accorde
parfaitement à l'architecture. Les vues encadrées s'alignent sur les
collines qu'on aperçoit dans le lointain. Traverser le terrain de pelote
de bout en bout, faire l'ascension de la «maison des Tortues» et
regarder à nouveau vers la grande cour... l'expérience transcende la
beauté architecturale. L'architecture et le site sont liés
phénoménologiquement. Au Salk Institute conçu par Louis Kahn, il y
a un moment de la journée où le reflet du soleil sur l'océan se fond
avec la lumière réfléchie par le filet d'eau qui coule dans le caniveau
coupant la cour centrale en deux. L'océan et la cour fusionnent grâce
au phénomène de la réflexion de la lumière du soleil dans l'eau.
L'architecture et la nature s'unissent dans une métaphysique de
l'espace.
Dans une vallée féconde de l’Oregon, une forme irrégulière est
suspendue au bord du monastère Bénédictin du Mont Angel. Quand
on s'en approche par le jardin du cloître bâti au sommet d'une
colline, elle a l'apparence d'un bâtiment bas à un étage d'apparence
modeste. Dès qu'on est à l'intérieur, elle se déploie en une explosion
d'espace projetée vers l'extérieur et vers le bas, qui accompagne
librement le déroulement du panorama de terre et de ciel. Aalto
compléta le rebord du plateau monastique et créa une cascade
d'espace sereine pour l'étude et la contemplation. Les propriétés de
l'architecture fusionnent avec les propriétés et le sens de son site.
Les grands sanctuaires d'Isé, au Japon, sont reconstruits tous les
vingt ans sur des sites adjacents; chaque temple comporte deux
sites. Depuis l'an 4 avant notre ère, cet acte religieux a eu un pouvoir
mystérieux qui est particulièrement manifeste dans le site vacant,
avec ses plots de pierre prêts à recevoir le temple adjacent
conformément au prochain cycle de vingt ans. Le temps et le site
sont un peu plus liés par les sakaki : ornements de .papier pendus
aux portes et aux clôtures qui sont remplacées tous les dix ans. La
résidence Malaparte d'Adalberto Libera, à Capri, fournit un exemple
mystérieux d'ordre dans l'espace, la lumière et le temps. Ses murs
fusionnent avec le rocher et les falaises et jaillissent de la
Méditerranée comme une étrange plate-forme offerte au soleil. Sans
style, quasi dépourvue d'élévations identifiables, elle s'accorde au
site en enjambant le temps.
Idée et phénomène.
L'essence d'un ouvrage architectural est le lien organique entre
concept et forme. On ne peut soustraire ni ajouter d'éléments sans
bouleverser les propriétés fondamentales. Un concept, qu'il s'agisse
d'une déclaration explicite rationnelle ou d'une démonstration
subjective, établit un ordre, un champ d'investigation, un principe
limité. Dans le phénomène de l'expérience d'une construction bâtie,
l'idée organisatrice est un fil caché qui relie des éléments disparates
avec une intention précise. Même si l'expérience de pans de verre
semi-transparents définissant un espace par une lueur représente
une expérience sensorielle irréductible à un concept établi, cette
non-expression n'indique pas le fossé entre concept et phénomène,
mais l'étendue du champ où diverses conclusions s'entrecoupent.
L'entrelacement de l'idée et du phénomène se produit quand le
bâtiment est réalisé. Avant de commencer, le squelette
métaphysique de l’architecture que sont le temps, la lumière,
l’espace et la matière reste sans ordre. Les .modes de composition
sont ouverts; la ligne, le plan, le volume et la proportion attendent.

Document lié : STEVEN_HOLL_ANCRAGE.pdf

Voir aussi :

Groupe thématique : texte

Thème majeur : LE SITE

Notions - mots clefs : LIMITE, ANCRAGE, SENS, COMPOSITION

Activités : Texte

Famille : Texte ouvrage et direction d'ouvrage, Concept tous

Échelle : M

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